AYITI CHÉRIE

En 2019, en mars et en juin, j’ai eu l’occasion de me rendre en Haïti dans le cadre de mon travail. Je devais réaliser des reportages photos pour un magazine, la première fois, et pour une ONG, la seconde. La veille du départ de mon premier voyage, j’étais naturellement gagné par l’excitation car c’était une destination qui m’était inconnue et puis, il y a toute une dimension mystique autour de ce pays que je ne peux expliquer. Loin de fantasmer l’expérience, je m’attendais à recevoir ou à voir quelque chose de spécial. Étant passé par le Cameroun, une année auparavant, j’avais l’impression que je serais amené à ressentir les mêmes choses : une connexion naturelle avec l’espace, une connexion avec une autre partie de moi.

Ces images sont le résultat de mes différents déplacements et d’une distance qui m’était imposé dans mon processus de création. Limité par les consignes qui m’avait été donné au regard des tensions qui animaient le pays lors de mes deux passages (une affaire de corruption dans laquelle est impliqué le Chef d’Etat), je n’avais d’autres choix que de me placer en spectateur passif d’une réalité invisible à l’oeil nu mais palpable dans l’air. Cela n’en affectait en rien mon impression qui n’était que positive. Là encore, comme ce fut le cas au Cameroun, en Dominque, et un peu plus tard au Mali cette même année, je voyais les gens marcher le buste droit la tête bien vissée entre leurs deux épaules, portés par une histoire qui fait leur fierté. Portés par une dignité qui vient de loin. Ancestrale. Je compris une autre chose également. Je compris que malgré sa robe déchirée et la poussière qui habite sa chevelure, Haïti n’en demeurait pas moins « la chérie » d’un amant lointain qui depuis l’autre côté de l’océan ne cessait de lui dire les doux mots de sa véritable histoire…